“Etre Nappy est une cause dans laquelle je mets tout mon âme” (Valérie Bonnefons)

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Valérie Bonnefons travaille dans l’événementiel corporate depuis une quinzaine d’année. En 2015, cette Française d’origine guadeloupéenne passionnée de mode a lancé les Nappy Days Events dont la dernière édition a eu lieu le 12 mars, au Salon Vianey, de Paris. Objectif ? Mettre en avant la beauté du cheveu afro et la faire assumer.

Comment vous est venue l’idée de créer les Nappy Days Events ?

J’ai pris conscience que nous, femmes d’origine afro, devions être fières de notre capillarité et, par la même occasion, de nos origines. Il existait déjà des événements qui faisaient la promotion du cheveu afro mais aucun ne donnait de la visibilité à celles qui les possédaient alors j’ai décidé de le faire.

Quel est le maître mot des Nappy Days Events ?

Valoriser le cheveu afro naturel de façon glamour et ludique.

Pourquoi ce nom ?

Nappy est une contraction de Natural et Happy : « naturelle, heureuse et fière de l’être ». Nappy Days Events, ce sont les jours dédiés à la beauté naturelle afro.

A quoi ressemblaient vos modèles de beauté lorsque vous étiez plus jeune?

Plutôt de type caucasien avec la peau claire et les cheveux lisses. Les femmes noires étaient beaucoup moins représentées que maintenant. Dans les médias, elles étaient pratiquement inexistantes. Je n’avais pas de barbies afro. En tant que petite fille ou adolescente, on a besoin de se référer à des personnes qui vous ressemblent. Mais il n’y en avait pas vraiment.

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Quel était votre rapport avec vos cheveux crépus ?

Je n’ai pas forcément eu de mal à les accepter. Je suis passée du coiffeur de petite fille au défrisage parce que ça se faisait. C’est ma marraine qui l’a réalisé. J’avais 16 ans.

En quoi consiste précisément le défrisage ?

Les produits défrisants ont une action chimique et physique sur les cheveux. Elle les raidit en modifiant la structure chimique de la kératine grâce à – ou plutôt à cause de – l’hydroxyde de sodium, le Peroxyde d’hydrogène qui est un acide faible contenu dans certains désinfectants, l’acide phosphorique toxique pour le cerveau, les poumons, la peau, etc., ou encore l’hydroxyde d’ammonium qui peut causer des problèmes respiratoires. La fibre capillaire s’en retrouve détruite. Un cheveu défrisé est un cheveu mort. le seul fait de devoir porter des gants pour appliquer ces textures n’est pas anodin. C’est nocif. Et encore plus lorsqu’elles sont directement posées sur le crane, plutôt qu’à 1 cm du cuir chevelu, par certaines coiffeuses ou acheteuses inexpérimentées. Quand ils touchent la tête, les produits chimiques se répandent ensuite dans tout le corps.

Pourquoi avoir décidé d’arrêter les traitements chimiques ?

La prise de conscience a été progressive. C’est d’abord mon gynécologue qui m’a mis la puce à l’oreille. Lors d’une consultation, il m’a demandé si je me défrisais les cheveux, j’ai acquiescé. Il m’a lancé : « Eh bien vous devriez arrêter ». J’ai voulu changer de médecin car je ne comprenais pas sa remarque. Puis, plus tard, j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont dit la même chose. Je me suis renseignée sur le sujet. J’ai lu des articles, des études établissant un lien entre le défrisage et des problèmes hormonaux et gynécologiques comme l’apparition de fibromes utérins. Là, j’ai compris et j’ai décidé d’arrêter. Ces risques sanitaires, je souhaite les mettre en avant.

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Le défrisage est-il une pratique encore courante ?

Bien sûr. Mais les produits ne sont pas aussi corrosifs qu’avant. Après, même si certaines n’aiment pas l’aspect crépu de leurs cheveux et préfèrent la malléabilité de ces derniers lissés, une bonne partie des femmes Afros ont pris conscience que cela abîmait la fibre capillaire plus qu’autre chose et ont préféré assumer leur nature.

Quels sont les critères de cette élection Nappy Days?

Il faut avoir les cheveux afro naturels et mesurer un 1m70 ou plus. Outre une certaine beauté physique, Miss Nappy doit posséder une classe naturelle car c’est elle deviendra l’ambassadrice du mouvement « Afro, naturelle et fière de l’être ». Elle doit savoir s’exprimer correctement en public et être élégante. Les candidates ont été sélectionnées pour leur dynamisme, leur caractère et pour leur singularité. Elles doivent se démarquer et ont l’occasion de le faire lors de leur passage sportwear (jean – tee-shirt), en tenue de créateur, en maillot de bain et, enfin, en robe de soirée. Toutes ont des tenues différentes, adaptées à leur personnalité. Le show sera très festif, avec de la danse notamment. Elles seront 20 au départ, puis 10, 3 et enfin une : l’élue.

De qui est composé le jury ?

L’année dernière, les dix jurés étaient des personnalités qui avaient un attrait pour l’élection et la cause Nappy. Il y avait entre autres l’actrice Firmine Richard, Mbathio Mbeye (Miss Black France 2012), la mannequin Chrystèle Saint Louis Augustin, le comédien Lucien Jean Baptiste, le co-fondateur du groupe Kassav Jacob Desvarieux, la Princesse Esther Kamatari (ambassadrice de Guerlain), la blogueuse Aude Saint Louis Augustin. Pour cette seconde édition, nous avons davantage misé sur le côté professionnel avec des experts de la coiffure, de la beauté, de la mode et des médias.

Qu’est-ce que ce titre peut apporter à la grande gagnante ?

Beaucoup d’expériences dans le monde de la beauté et de la mode afro, comme des défilés, des shootings photo, etc. Une année passe très vite, surtout lorsque la jeune femme est étudiante comme Océane Lebubura, 18 ans, qui a remporté le concours l’année dernière. Si nous privilégions l’heureuse élue après l’élection, nous n’en oublions pas pour autant les autres à qui nous pouvons proposer des prestations davantage adaptées à leur personnalité qu’à Miss Nappy. Les candidates ? Nous nous en occupons vraiment ! Je n’organise pas une élection pour faire une élection. C’est une cause à laquelle je tiens. J’y mets tout mon temps, mon argent et mon âme.

Cette année, vous avez décidé de mettre l’accent sur les marques françaises, notamment au travers les tenues des Miss. Pour quelle raison ?

Car certaines marques ont le courage de se lancer dans la gamme afro. C’est un bel élan et je pense que ce n’est pas un phénomène de mode. Il y a un véritable marché à saisir ! L’Oréal, Dop, René Furterer ont lancé des produits dédiés aux cheveux crépus mais il y a aussi de plus petites marques qui osent.

Qui peut se laisser séduire par le salon ?

Tout le monde ! Les Nappys, les non Nappys, les passionnés de culture afro, de cheveux naturels mais aussi les curieux.

Que diriez-vous à ceux qui hésitent encore à venir au Nappy Days Events ?

Ce serait dommage de rater un si bel événement et gratuit en plus ! Le concept est unique. Il est autant ludique avec des conseils de coiffure et de mode, des mises en garde contre les dangers du défrisage, que « funky » avec des intermèdes d’ateliers coiffure, maquillage, musicaux, mode, shows, et pleins d’autres surprises !

Retranscription Marion Bordier

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